Je m’appelle Sophie, j’ai 39 ans. Ma mère est morte l’hiver dernier. Elle avait 71 ans.
On n’a jamais été riches. Mon père est parti quand j’avais 6 ans. Ma mère était femme de ménage dans une école à Limoges. Elle gagnait 980€ par mois. Toute sa vie.
Elle portait les mêmes 3 pulls. Elle ne s’achetait jamais rien. Quand je lui offrais un manteau, elle le rendait. Elle disait : “Garde ton argent, toi.”
Je lui en voulais un peu. Je pensais qu’elle était radine. Que c’était son caractère.
Quand elle est morte, j’ai dû vider son petit appartement de 32m². Au fond de sa cuisine, il y avait un vieux placard qu’elle fermait toujours à clé. Elle disait que c’était ses “papiers importants”.
J’ai ouvert.
Il n’y avait pas de papiers.
Il y avait 43 boîtes de conserve. Des boîtes de petits pois, de tomates, de haricots. Toutes vides. Toutes propres. Toutes avec un couvercle en plastique.
Et dans chaque boîte, de l’argent. Enroulé. Avec des petits mots.
J’ai tout compté sur sa petite table de cuisine. 17 420€. En billets de 20€ et 10€. Certains dataient de 2001.
Et les petits mots…
Sur la première boîte : “Pour le permis de Sophie – 2003 – 50€”
Sur une autre : “Pour les études de Sophie, si elle y arrive – 2005 – 200€”
“Pour quand Sophie aura son premier appartement – 2010 – 300€”
“Pour le mariage de Sophie, même si elle dit qu’elle ne se mariera jamais – 2015 – 500€”
“Pour quand je serai vieille et que je ne veux pas qu’elle paie ma maison de retraite – 2018 – 1000€”
La dernière boîte était la plus petite. Une boîte de thon. Dedans, il y avait 20€. Et un mot : “Pour des fleurs, pas trop chères, le jour où je partirai. Garde le reste pour toi. Maman.”
J’ai compris ce jour-là.
Pendant 22 ans, ma mère n’était pas radine. Elle avait faim pour que je n’aie jamais faim. Elle avait froid pour que je n’aie jamais froid. Elle gardait les mêmes 3 pulls pour que je puisse en avoir 10.
Elle ne mettait pas de l’argent dans des boîtes de conserve. Elle mettait de l’amour. Dans la seule banque où on ne pouvait pas le lui voler. Sa cuisine.
Le jour de son enterrement, je n’ai pas acheté des fleurs pas trop chères.
J’ai acheté les plus belles fleurs de Limoges. Des pivoines blanches. Ses préférées.
Et j’ai gardé une boîte. Une seule. La boîte de thon avec les 20€. Elle est sur ma table de chevet.
Pour me rappeler que l’amour d’une mère, parfois, ça sent un peu la boîte de conserve. Et ça vaut 17 420€.
Et vous, qu’est-ce que votre mère cachait pour vous sans jamais vous le dire ?